Eid Suleiman Al Hataleen, Umm al Kher

Suleiman nous reçoit sur sa terrasse agréablement venteuse, à deux pas du « settlement » de Karmel, une colonie israélienne de quelque 400 habitants. Avec force, gestes et mimiques, il nous raconte son histoire tout en restant attentif à notre bien-être et au niveau de nos verres de thé à la menthe…

Sa communauté est une des plus vulnérables de Cisjordanie. Bédouins réfugiés du Néguev où ils vivaient avant le conflit de 1948, ils ont acheté des terres près de Yatta, leurs papiers sont en règle. Hélas, dès 1980, la construction de Karmel a commencé, en partie sur les terres des Bédouins, en partie sur le territoire de Yatta, et progressivement le clan a commencé à subir des restrictions de mouvement pour ses troupeaux, puis des interdictions de mouvement pures et simples. Les colons israéliens ont planté des arbres sur le chemin du troupeau, ils attaquent parfois les bergers à leur passage et multiplient les obstacles. Ces Bédouins ne peuvent plus se déplacer librement avec leurs troupeaux comme ils l’ont fait pendant des siècles. Sans cesse de nouvelles zones interdites apparaissent : “zone de protection naturelle”, “zone archéologique”, “firing zone”, etc… De plus, en raison de la sécheresse, la production de lait a beaucoup baissé. De ce fait, les bergers doivent vendre les agneaux et acheter la nourriture du bétail, ce qui rend l’élevage de moins en moins rentable. Par conséquent, depuis 1967, le cheptel de la communauté est passé de 1000 à 200 têtes de bétail. C’est tout une culture traditionnelle qui disparaît progressivement!

Mais aujourd’hui, Suleiman a d’autres soucis. Le 15 septembre dernier, alors qu’il manifestait près de Jérusalem contre la destruction du village bédouin de Khan al-Amar, il a tenté de s’opposer à l’avancée d’un bulldozer. L’armée israélienne est intervenue, Suleiman a été arrêté aux côtés d’un autre Palestinien ainsi que de Frank Romano, professeur franco-américain, aussi présents sur place. Menotté, il est emmené dans prison de Ma’aleh Adumin. Il restera 10 jours en détention, et explique qu’à sa libération, totalement perdu dans un lieu inconnu, il sera aidé par des passants et pourra appeler son frère.

Au passage on signalera que la démolition du village de Khan al-Amar, confirmée en mai par la Haute Cour de justice, a été suspendue en raison de nombreuses protestations internationales. Mais les habitant-e-s ont jusqu’à fin octobre pour évacuer leurs maisons…

Aujourd’hui, Suleiman nous demande de dire au monde ce qui se passe en Cisjordanie occupée. Lui n’a rien perdu de sa verve et de son énergie: avec des moyens non-violents, il continuera de lutter pour la liberté.

Sylvia, South Hebron Hills Team, septembre 2018


Légende Image à la Une: Suleiman au moment de son arrestation. © ISM 2018

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s