Les enfants victimes de violence dans les territoires palestiniens occupés

Article pour la Journée Internationale de lutte contre les violences policières :
« Les enfants victimes de violence dans les territoires palestiniens occupés »

Depuis le début de l’année 2018, le nombre d’enfants tués dans les territoires palestiniens se montent à 6, dont 4 dans la bande de Gaza, tués par balle. Depuis 2000, le nombre s’élève à 1800.[1]

L’environnement dans lequel évoluent les enfants vivant dans les territoires palestiniens est caractérisé par la violence et l’instabilité. En effet, depuis 1967, suite à l’occupation de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie et de la bande de Gaza par Israël, les politiques et pratiques illégales qui visent à maintenir l’occupation ont menées de nombreux enfants à être blessés ou tués.

Les violences faites aux enfants vivant dans les territoires palestiniens prennent plusieurs formes. Les blessures ou morts par balle ou celles engendrées par l’utilisation d’armes servant à contrôler les foules (tel que le gaz lacrymogène, les bombes assourdissantes ou les balles de caoutchouc) sont certaines d’entre elles.

De nombreux enfants palestiniens sont tués ou blessés suite à un usage disproportionné d’armes servant à contrôler les foules. En effet, depuis 2005, l’organisation Defence Children International fait état d’une utilisation excessive du gaz lacrymogène par l’armée israélienne (ceci lors de démonstrations ou d’incursions militaires). En octobre 2015, un bébé de 8 mois est ainsi mort, asphyxié par l’inhalation de gaz lacrymogène lors d’affrontements dans le village de Beit Fajjar, au sud de Bethléem.[2]

Les habitants des camps de réfugiés sont particulièrement touchés par les incursions militaires et par les tirs de gaz lacrymogène. D’autres armes telles que des balles en acier enrobées de caoutchouc et des canons à eau pulvérisant de l’eau usée mélangée à des produits chimiques sont aussi régulièrement utilisées. Les enfants sont souvent les premiers atteints par cette violence quotidienne. En se promenant dans le camp, on peut les apercevoir ramasser les vestiges des grenades tirées la veille.

Selon une récente étude de l’Université de Berkeley aux Etats-Unis, le camp de réfugiés d’Aïda, au nord de Bethléem, est devenu l’endroit au monde le plus exposé aux gaz lacrymogènes. L’étude souligne également que les FDI (forces de défense israéliennes) n’utilisent pas le gaz lacrymogène comme arme défensive, afin de se protéger lors d’émeutes ou pour assurer la sécurité publique, mais plutôt comme arme offensive.[3]

Le gaz lacrymogène a un impact considérable sur la santé des palestinien-ne-s et de leurs enfants. En effet un grand nombre d’entre eux développent des problèmes respiratoires entraînant des cancers, de l’asthme, des allergies ou même la mort. Les femmes sont également victimes de fausses couches.

Salah Ajarmeh, Directeur du Lajee Center dans le camp de Aïda explique l’impact des gaz lacrymogènes sur les Palestinien-ne-s et leurs enfants. « Les soldats israéliens tirent énormément de grenades lacrymogènes. Le gaz s’infiltre dans les maisons du camp et dans les hôpitaux proches du camp. Les soldats peuvent tirer plus de 300 grenades lacrymogènes par jour. »[4]

Dans le camp d’Aïda, et dans d’autres camps de réfugiés tels que le camp de Dheished au sud de Bethléem, les cas d’enfants blessés ou tués par balles (le droit humanitaire interdisant cependant l’usage de balles réelles contre des populations civiles) sont courants. Il y a deux ans, dans le camp d’Aïda, un garçon de 13 ans a été tué par balles par les FDI en sortant de son domicile[5]. Dans le camp de Dheisheh, en septembre 2017, un jeune de 21 ans a succombé à ses blessures après s’être fait tiré dessus à bout portant par les FDI lors d’un raid de nuit. Dans ce camp de réfugiés, il est courant de voir des jeunes palestiniens souffrant de blessures invalidantes aux jambes.

En effet, depuis plusieurs années, une pratique courante de l’armée israélienne, communément appelée « kneecapping », consiste à cibler les membres inférieurs des jeunes garçons, les laissant souvent gravement handicapés.[6] L’organisation palestinienne des droits humains, Badil, souligne que les incidents de « kneecapping » sont loin d’être aléatoires ou accidentels mais qu’ils « résultent d’une stratégie militaire systématique de l’armée israélienne visant à supprimer tout acte de résistance, à terroriser les jeunes palestiniens, et à les blesser de manière définitive et/ou à causer de graves dommages à leur bien-être physique ou moral »[7]. Début janvier, dans le camp de Dheished un garçon de 17 ans a été paralysé après avoir été blessé à la moelle épinière.

L’organisation DCIP (Defence for Children International Palestine) enquête et documente les violations des droits humains dans les territoires palestiniens occupés et apporte un soutien légal aux enfants palestiniens et à leurs parents. Des témoignages ainsi que plus d’informations peuvent être retrouvés sur leur site internet: http://www.dci-palestine.org/

Lucie Bethléem, mars 2018


Image à la Une: Ces grenades lacrymogènes ont été tirés par les FDI dans une école de garçons palestiniens dans la région de Bethléem en mai 2017. © EAPPI, 2017


[1] http://www.dci-palestine.org/issues_military_detention

[2] https://www.timesofisrael.com/pa-palestinian-baby-dies-from-inhaling-tear-gas-fired-by-idf/

[3] https://www.law.berkeley.edu/wp-content/uploads/2017/12/NoSafeSpace_full_report22Dec2017.pdf

[4] http://lajeecenterbelgium.over-blog.com/2014/01/palestine-certains-enfants-expos%C3%A9s-au-gaz-lacrymog%C3%A8ne-isra%C3%A9lien-risquent-la-mort.html

[5] https://www.law.berkeley.edu/wp-content/uploads/2017/12/NoSafeSpace_full_report22Dec2017.pdf

[6] https://www.haaretz.com/israel-news/is-the-idf-conducting-a-kneecapping-campaign-in-the-west-bank-1.5429695

[7] https://www.aljazeera.com/indepth/features/2017/09/israel-disabling-palestinian-teenagers-170911085127509.html

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